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Le pardon participe aussi à la santé

Ce sujet du pardon, sur lequel il y a tant à dire, est abordé par Andy Roman (conseiller en santé mentale) dans le dernier n° du magazine « Healing our world » publié par l’Institut Hippocrate de Floride, et je vous le traduis ci-après car il résonne comme une sonnette de rappel pour nous interpeller sur nos propres capacités de pardon et leurs limites (s’il y en a) :

Après un jugement épuisant et des heures de délibérations brûlantes le jury avait accusé William, 19 ans, du kidnapping et du meurtre de Jessica, 14 ans. Le juge avait décidé d’un emprisonnement à vie et, comme part de la peine, de rencontres obligatoires avec la mère de Jessica, à sa demande.

Jour après jour, la mère de Jessica rencontra William dans une pièce privée de la prison. Tandis qu’il était enchaîné à son siège, elle hurlait sur lui, le maudissait, criait devant lui. Elle l’obligea à regarder des photos de Jessica et lui raconta de nombreuses histoires sur elle. Tout d’abord, William fut renfrogné, engourdi et indifférent. Il s’asseyait, bras mous, regard fixe et vide.

Après des mois de ces rencontres obligatoires, face à l’expression déchirante de colère de la mère de Jessica, William craqua. Tout d’abord son visage bougea ; le masque s’effrita. Il gémit « Je sais, ce que j’ai fait est horrible ! Je suis un monstre ! Je mérite de mourir ! Je me hais ! » Des larmes ruisselaient de ses yeux rougis.

A partir de ce moment leurs rencontres prirent une nouvelle tournure. Elle vit sa douleur et son remords. Elle vit une minuscule graine de lumière émergeant de la spirale sombre de sa vie. Elle demanda au gardien de déverrouiller ses chaînes et William fut coopératif et correct. Deux mois plus tard elle dit : « William, je hais ce que vous avez fait. Maintenant que je vois que vous souffrez et que vous avez pris conscience de votre crime, je peux lâcher prise à votre sujet.« . Elle n’est plus jamais allée à la prison.

Quand je vis le documentaire télévisé de leur histoire, j’ai été ému. J’ai noté que la mère de Jessica n’a pas « magiquement » ou spirituellement sauté vers le pardon. Elle a rampé vers lui et fait ramper William également.

Ce que la mère de Jessica a fait à William est aussi quelque chose qu’elle a fait pour William. Elle l’a aidé à entrer en contact au niveau du ressenti et à trouver son humanité au milieu du trou noir de sa vie. Ce qui a servi d’acte d’amour ayant libéré William alors que, simultanément, elle se libérait elle-même.

Les rythmes naturels du pardon.

En tant que thérapeute je vois des gens lutter avec le pardon, désirant souvent sauter les étapes normales pour y parvenir. D’un côté ils se sentent moralement contraints d’y aller instantanément comme si c’était simplement la chose correcte à faire. Chaque tradition religieuse épouse l’idée que le pardon, en tant que qualité divine, devient nôtre quand nous, en tant que créatures imparfaites, pardonnons les autres. Se tromper est humain, pardonner est divin. Pardonner c’est faire un pas vers le divin. Qui ne le voudrait pas ?

Le paradoxe c’est que si vous sautez les étapes qui conduisent au pardon, l’exercice finit par prendre plus de temps. Le processus du pardon est organique et a des rythmes naturels. Les rivières ne coulent pas en lignes droites ; elles font des méandres, selon le terrain. En étant lésés dans notre sentiment de trahison ou de violation de nos limites, notre paysage intérieur peut inclure des sensations de perte, de tristesse, de colère, de désespoir, d’impuissance, de ressentiment et de rage. La mère de Jessica les a toutes connues, et les a fortement exprimées. En n’ignorant pas et, tout à la fois, en ne sautant aucune de ces sensations elle a laissé le processus se dérouler organiquement en assurant une finalité plus profonde à cette conclusion. Le ressenti est la clé.

Un chemin organique vers le pardon inclut une chronologie naturelle, un développement naturel qui ne peut simplement pas être accéléré. Quand on en vient au pardon, être prêt au lâcher-prise est le véritable conducteur du processus. La mère de Jessica n’était pas prête à lâcher prise jusqu’à ce qu’elle ait vu et ait senti certains signes chez William qui l’ont aidée à y parvenir. En l’affrontant, en lui exprimant tout l’éventail de ses réponses humaines, elle accéléra le processus pour elle et pour lui. Aussi dur que cela fut, et même s’il y avait un aspect de revanche dans ses motivations, il s’est avéré que ce fut une chose bénéfique, saine et juste à faire.

Le remords graisse les rouages du pardon

Il est évidemment plus facile de pardonner un acte incorrect quand le responsable le regrette. Même dans notre système judiciaire criminel quand le prisonnier en vient à parler, la Commission des libérations conditionnelles considère trois choses pour décider de sa libération ou non :

  1. Reconnaissance de la culpabilité – Reconnaissez-vous l’avoir fait ?
  2. Remords – Regrettez-vous de l’avoir fait ?
  3. Réhabilitation – Avez-vous changé ; pouvons-nous être sûrs que vous ne le ferez pas à nouveau ?

Quand aucun de ces critères n’est rempli, la Commission dit simplement que le prisonnier n’est pas encore prêt à être libéré. Voici mon avis : sans prise de responsabilité ou de remord, le processus de pardon peut, et probablement devrait, prendre plus longtemps.

Auto-pardon

Le dernier chapitre de cette saga est l’auto-pardon. Maintenant que William a pris la responsabilité du crime et ressenti du remords, y a-t-il une rédemption pour lui ? La mère de Jessica n’a jamais prononcé le mot « pardonner » ou « pardon » en parlant à William. Elle dit qu’en voyant sa souffrance et l’éveil de sa conscience, elle pouvait lâcher-prise. Elle n’avait pas à être la source de la rédemption de William, car cette source est en lui.

William ne niait plus ou même ne luttait plus contre sa culpabilité, il l’admettait. Il ne blâmait pas les autres ou même ne jouait en aucune façon les victimes. Il prenait la responsabilité du crime et faisait son temps.

Comme le journaliste de télévision le suivit les mois suivants, William a rapporté qu’il pensait à Jessica et à sa mère chaque jour, tout en atteignant des niveaux plus profonds de dégoût de soi au sujet de l’horreur de ses actes.

« Ma vie était un enfer avant la prison, et la vie en prison était aussi l’enfer mais mon enfer était plus profond. J’étais dans l’enfer de l’auto-haine. J’avais fait l’impardonnable. Je voulais être puni, pour tuer mon moi démoniaque. je voulais mourir. »

Après des années d’incarcération, William fut présenté à un relativement nouveau-venu dans le circuit pénitentiaire, le programme d’éducation pour la paix de la Fondation Prem Rawat, un programme non confessionnel de sensibilisation individuelle à la conscience, portant aux prisonniers le message de l’auto-responsabilité, de la dignité et de la paix intérieure. Il suivit les cours chaque semaine et finalement « quelque chose s’alluma pour moi » raconta-t-il.

« J’ai entendu le message que la paix était à l’intérieur de moi, peu importait ce que j’avais fait, et que je pouvais l’avoir et la mériter. Cela m’a pris longtemps pour l’intégrer mais maintenant je l’ai accepté. Je suis, et je le serai toujours, tellement désolé pour ce que j’ai fait, mais ma vie n’est pas finie et ne devrait pas l’être. Je peux vivre le reste de ma vie de façon à compenser, autant que je le peux, ce que j’ai fait. J’ai besoin de paix, et je le désire. »

La mère de Jessica et William, indépendamment et chacun à cause de l’autre, ont tous deux trouvé l’acceptation à travers le lâcher-prise. Leur chemin vers la rédemption ne fut ni fignolé ni organisé ; il fut désordonné et très humain. A la fin, que nous y parvenions avec douceur ou non, dans l’acte final du lâcher-prise nous nous détendons à l’intérieur de la réalité de l’ Amour.

Que ce témoignage puisse permettre à chacun d’entre nous de faire le point sur les limites de son propre lâcher-prise… !
Ainsi que l’avait fait Françoise Gérard lors de son cancer du sein, au fil d’un incroyable chemin de guérison.

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